Le chien obéit avec une répugnance marquée. Il fallut que son maître lui ordonnât deux fois de s'abstenir de toute manifestation malfaisante à l'encontre de l'hôtelier; ce dernier, une lanterne d'une main et son bonnet de l'autre, précédait respectueusement le bourgmestre, dont la figure magistrale se perdait dans la pénombre de l'escalier. Derrière le juge, et quelques marches plus bas que lui, on voyait vaguement, éclairés par une autre lanterne, les visages curieux des gens de l'hôtellerie. Dagobert, après avoir fait rentrer Rabat-Joie dans sa chambre, ferma la porte et avança de deux pas sur le palier, assez spacieux pour contenir plusieurs personnes, et à l'angle duquel se trouvait un banc de bois à dossier. Le bourgmestre, arrivant à la dernière marche de l'escalier, parut surpris de voir Dagobert fermer la porte, dont il semblait lui interdire l'entrée.
— Pourquoi fermez-vous cette porte? demanda-t-il d'un ton brusque.
— D'abord, parce que deux jeunes filles qui m'ont été confiées, sont couchées dans cette pièce; et ensuite, parce que votre interrogatoire inquiéterait ces enfants, répondit Dagobert… Asseyez-vous sur ce banc et interrogez-moi ici, monsieur le bourgmestre; cela vous est égal, je pense?
— Et de quel droit prétendez-vous m'imposer le lieu de votre interrogatoire? demanda le juge d'un air mécontent.
— Oh! je ne prétends rien, monsieur le bourgmestre, se hâta de dire le soldat, craignant avant tout d'indisposer son juge. Seulement, comme ces jeunes filles sont couchées et déjà toutes tremblantes, vous feriez preuve de bon coeur si vous vouliez bien m'interroger ici.
— Hum… ici, dit le magistrat avec humeur. Belle corvée! c'était bien la peine de me déranger au milieu de la nuit… Allons, soit, je vous interrogerai ici…
Puis, se tournant vers l'aubergiste:
— Posez votre lanterne sur ce banc, et laissez-nous…
L'aubergiste obéit, et descendit suivi des gens de sa maison, aussi contrarié que ceux-ci de ne pouvoir assister à l'interrogatoire. Le vétéran resta seul avec le magistrat.
XIII. Le jugement.