«Les demoiselles _Rose et Blanche Simon, _soeurs jumelles âgées de quinze ans environ. Figures charmantes, se ressemblant tellement qu'on pourrait prendre l'une pour l'autre; caractère doux et timide, mais susceptible d'exaltation; élevées en Sibérie par une mère esprit fort et déiste. Elles sont complètement ignorantes des choses de notre sainte religion.

«Le général Simon, séparé de sa femme avant leur naissance, ignore encore à cette heure qu'il a deux filles.

«On avait cru les empêcher de se trouver à Paris le 13 février, en faisant envoyer leur mère dans un lieu d'exil beaucoup plus reculé que celui qui lui avait d'abord été assigné; mais leur mère étant morte, le gouverneur général de la Sibérie, qui nous est tout dévoué d'ailleurs, croyant, par une erreur déplorable, la mesure seulement personnelle à la femme du général Simon, a malheureusement permis à ces jeunes filles de revenir en France sous la conduite d'un ancien soldat.

«Cet homme, entreprenant, fidèle, résolu, est noté comme dangereux.

«Les demoiselles Simon sont inoffensives. On a tout lieu d'espérer qu'à cette heure elles sont retenues dans les environs de Leipzig.»

Le maître de Rodin, l'interrompant, lui dit:

— Lisez maintenant la lettre de Leipzig reçue tout à l'heure, vous pourrez compléter l'information.

Rodin lut, et s'écria:

— Excellente nouvelle! les deux jeunes filles et leur guide étaient parvenus à s'échapper, pendant la nuit, de l'auberge du _Faucon Blanc, _mais tous trois ont été rejoints et saisis à une lieue de Mockern; on les a transférés à Leipzig, où ils sont emprisonnés comme vagabonds; de plus, le soldat qui leur servait de guide est accusé et convaincu de rébellion, voies de faits et séquestration envers un magistrat.

— Il est donc à peu près certain, vu la longueur des procédures allemandes (et d'ailleurs on y pourvoira), que les jeunes filles ne pourront être ici le 13 février, dit le maître de Rodin. Joignez ce dernier fait à la note par un renvoi…