Le secrétaire obéit, écrivit en note le résumé de la lettre de
Morok et dit:

— C'est écrit:

— Poursuivez, reprit son maître.

Rodin continua à lire.

Note n°2.

M. François Hardy, manufacturier au Plessis, près Paris.

«Homme ferme, riche, intelligent, actif, probe, instruit, idolâtré de ses ouvriers, grâce à des innovations sans nombre touchant leur bien-être; ne remplissant jamais les devoirs de notre sainte religion: noté comme homme _très dangereux; _mais la haine et l'envie qu'il inspire aux autres industriels, surtout à M. le baron Tripeaud, son concurrent, peuvent aisément tourner contre lui. S'il est besoin d'autres moyens d'action sur lui et contre lui, on consultera son dossier; il est très volumineux: cet homme est depuis longtemps signalé et surveillé. On l'a fait si habilement circonvenir, quant à l'affaire de la médaille, que jusqu'à présent il est complètement abusé sur l'importance des intérêts qu'elle représente; du reste, il est incessamment épié, entouré, dominé, même à son insu; un de ses meilleurs amis le trahit, et l'on sait par lui ses plus secrètes pensées.»

Note n°3.

Le prince Djalma.

«Dix-huit ans, caractère énergique et généreux, esprit fier, indépendant et sauvage; favori du général Simon, qui a pris le commandement des troupes de son père, _Kadja-Sing, _dans la lutte que celui-ci soutient dans l'Inde contre les Anglais. On ne parle de Djalma que pour mémoire, car sa mère est morte jeune encore, du vivant de ses parents à elle, qui étaient restés à Batavia. Or, ceux-ci étant morts à leur tour, leur modeste héritage n'ayant été réclamé ni par Djalma ni par le roi son père, on a la certitude qu'ils ignorent tous deux les graves intérêts qui se rattachent à la possession de la médaille en question, qui fait partie de l'héritage de la mère de Djalma.»