— Sa convalescence était trompeuse, lui dit celui-ci avec abattement; elle est maintenant retombée dans un état presque désespéré; pourtant le médecin pense que ma présence pourrait peut-être la sauver, car elle m'appelle sans cesse; elle veut me revoir une dernière fois pour mourir en paix… Oh! ce désir est sacré… Ne pas m'y rendre serait un parricide… Pourvu, mon Dieu! que j'arrive à temps… D'ici à la terre de la princesse, il faut presque deux jours en voyageant jour et nuit.
— Ah! mon dieu!… quel malheur! fit Rodin en joignant les mains et levant les yeux au ciel…
Son maître sonna vivement, et dit à un domestique âgé qui ouvrit la porte:
— Jetez à l'instant dans une malle de ma voiture de voyage ce qui m'est indispensable. Que le portier prenne un cabriolet et aille en toute hâte me chercher des chevaux de poste… Il faut que dans une heure je sois parti.
Le domestique sortit précipitamment.
— Ma mère… ma mère… ne plus la revoir!… Oh! ce serait affreux! s'écria-t-il en tombant sur une chaise avec accablement et cachant sa figure dans ses mains. Cette grande douleur était sincère, cet homme aimait tendrement sa mère; ce divin sentiment avait jusqu'alors traversé, inaltérable et pur, toutes les phases de sa vie… souvent bien coupable.
Au bout de quelques minutes, Rodin se hasarda de dire à son maître en lui montrant la seconde lettre:
— On vient aussi d'apporter celle-ci de la part de M. Duplessis: c'est très important… et très pressé…
— Voyez ce que c'est, et répondez… je n'ai pas la tête à moi…
— Cette lettre est confidentielle… dit Rodin en la présentant à son maître… je ne puis l'ouvrir… ainsi que vous le voyez à la marque de l'enveloppe.