«— MARCHE!… MARCHE!!!

* * * *

Pendant que cet homme allait ainsi sur la montagne, absorbé dans ses pensées, la brise du soir, jusqu'alors légère, avait augmenté, le vent devenait de plus en plus violent, déjà l'éclair sillonnait la nue… déjà de sourds et longs sifflements annonçaient l'approche d'un orage. Tout à coup, cet homme maudit, qui ne peut plus ni pleurer ni sourire, tressaillit.

Aucune douleur physique ne pouvait l'atteindre… et pourtant il porta vivement la main à son coeur, comme s'il eût éprouvé un contrecoup cruel. «Oh! s'écria-t-il, je le sens… à cette heure… plusieurs des miens… les descendants de ma soeur bien- aimée souffrent et courent de grands périls… les uns au fond de l'Inde… d'autres en Amérique… d'autres ici en Allemagne. La lutte recommence, de détestables passions se sont ranimées… Ô toi qui m'entends, toi comme moi errante et maudite, Hérodiade, aide-moi à les protéger. Que ma prière t'arrive au milieu des solitudes de l'Amérique où tu es à cette heure… Puissions-nous arriver à temps!»

Alors il se passa une chose extraordinaire.

La nuit était venue. Cet homme fit un mouvement pour retourner précipitamment sur ses pas, mais une force invisible l'en empêcha et le poussa en sens contraire.

À ce moment la tempête éclata dans toute sa sombre majesté. Un de ces tourbillons qui déracinent les arbres… qui ébranlent les rochers, passa sur la montagne, rapide et tonnant comme la foudre. Au milieu des mugissements de l'ouragan, à la lueur des éclairs, on vit alors, sur les flancs de la montagne, l'homme au front marqué de noir descendre à grands pas à travers les rochers et les arbres courbés sous les efforts de la tempête. La marche de cet homme n'était plus lente, ferme et calme mais péniblement saccadée, comme celle d'un être qu'une puissance irrésistible entraînerait malgré lui… ou qu'un effrayant ouragan emporterait dans son tourbillon.

En vain cet homme étendait vers le ciel des mains suppliantes. Il disparut bientôt au milieu des ombres de la nuit et du fracas de la tempête.

Troisième partie
Les étrangleurs

I. L'ajoupa.