— Pour parler ainsi des hommes… n'es-tu donc pas un homme?
— Moi… et ceux qui me ressemblent, nous sommes plus que des hommes… Nous sommes au reste de la race humaine ce que sont les hardis chasseurs aux bêtes féroces qu'ils traquent dans les bois… Veux-tu être comme nous… plus qu'un homme, veux-tu assouvir sûrement, largement, impunément, la haine qui te dévore le coeur… Après le mal que l'on t'a fait?
— Tes paroles sont de plus en plus obscures… je n'ai pas de haine dans le coeur, dit Djalma. Quand un ennemi est digne de moi… je le combats… quand il en est indigne, je le méprise… ainsi je ne hais ni les braves… ni les lâches.
— Trahison! s'écria tout à coup le nègre en indiquant la porte d'un geste rapide; car Djalma et l'Indien s'en étaient peu à peu éloignés pendant leur entretien, et ils se trouvaient alors dans un des angles de la cabane.
Au cri du nègre, Faringhea, que Djalma n'avait pas aperçu, écarta brusquement la natte qui le cachait, tira son poignard, bondit comme un tigre, et fut d'un saut hors de la cabane. Voyant alors un cordon de soldats s'avancer avec précaution, il frappa l'un d'eux d'un coup mortel, en renversa deux autres, et disparut au milieu des ruines.
Ceci s'était passé si précipitamment, qu'au moment où Djalma se retourna pour savoir la cause du cri d'alarme du nègre, Faringhea venait de disparaître. Djalma et les trois étrangleurs furent aussitôt couchés en joue par plusieurs soldats rassemblés à la porte, pendant que d'autres s'élançaient à la poursuite de Faringhea.
Le nègre, le Malais et l'Indien, voyant l'impossibilité de résister, échangèrent rapidement quelques paroles, et tendirent la main aux cordes dont quelques soldats étaient munis.
Le capitaine hollandais qui commandait le détachement entra dans la cabane à ce moment.
— Et celui-ci? dit-il en montrant Djalma aux soldats qui achevaient de garrotter les trois Phansegars.
— Chacun son tour, mon officier, dit un vieux sergent, nous allons à lui.