— Ce qui m'a frappé, c'est qu'elles se ressemblaient tellement, dit le régisseur, qu'il faut certainement l'habitude de les voir pour les reconnaître…

— Deux jumelles sans doute, dit Mme Dupont.

— L'une de ces pauvres jeunes filles, reprit le régisseur, tenait entre ses deux mains jointes une petite médaille en bronze, qui était suspendue à son cou par une chaînette de même métal.

M. Rodin se tenait ordinairement très voûté. À ces derniers mots du régisseur, il se redressa brusquement, une légère rougeur colora ses joues livides… pour tout autre, ces symptômes eussent paru assez insignifiants; mais chez M. Rodin, habitué depuis longues années à contraindre, à dissimuler toutes ses émotions, ils annonçaient une profonde stupeur; s'approchant du régisseur, il lui dit d'une voix légèrement altérée, mais de l'air le plus indifférent du monde:

— C'était sans doute une pieuse relique… Vous n'avez pas vu ce qu'il y avait sur cette médaille?

— Non, monsieur… je n'y ai pas songé.

— Et ces deux jeunes filles se ressemblaient… beaucoup… dites-vous?

— Oui, monsieur… à s'y méprendre… Probablement elles sont orphelines, car elles sont vêtues de deuil…

— Ah!… elles sont vêtues de deuil… dit M. Rodin avec un nouveau mouvement.

— Hélas! si jeunes et orphelines! reprit Mme Dupont en essuyant ses larmes.