— Croyez-moi, je n'hésiterais pas une minute, s'il était possible de rester.

— J'avais raison de trouver à cet homme-là une mauvaise figure, dit Dagobert entre ses dents. Puis il ajouta avec une impatience chagrine:

— Veux-tu que je lui dise, ajouta-t-il plus bas, qu'il nous satisferait beaucoup en filant tout seul?

— Je vous en prie, n'en faites rien, dit Gabriel; ce serait inutile… je connais mes devoirs… ma volonté est celle de mon supérieur. À votre arrivée à Paris, j'irai vous voir, vous, ainsi que ma mère adoptive et mon frère Agricol.

— Allons… soit. J'ai été soldat, je sais ce que c'est que la subordination, dit Dagobert vivement contrarié; il faut faire contre fortune bon coeur. Ainsi, à après-demain matin… rue Brise-Miche, mon garçon; car je serai à Paris demain soir, m'assure-t-on, et nous partons tout à l'heure. Dis donc, il paraît qu'il y a aussi une crâne discipline chez vous?

— Oui… elle est grande, elle est sévère, répondit Gabriel en tressaillant et en étouffant un soupir.

— Allons… embrasse-moi… et à bientôt… Après tout, vingt- quatre heures sont bientôt passées.

— Adieu… adieu… répondit le missionnaire d'une voix émue en répondant à l'étreinte du vétéran.

— Adieu, Gabriel… ajoutèrent les orphelines en soupirant aussi et les larmes aux yeux.

— Adieu, mes soeurs… dit Gabriel.