— Merci, ma petite Mayeux… Es-tu gentille!…

Puis, avec l'accent, le mouvement les plus naturels du monde, il ajouta:

— Tiens, voilà ma belle fleur pour ta peine.

— Tu me la donnes!… s'écria l'ouvrière d'une voix altérée, pendant qu'un vif incarnat colorait son pâle et intéressant visage, tu me la donnes… cette superbe fleur… que cette demoiselle si belle, si riche, si bonne, si gracieuse t'a donnée…

Et la pauvre Mayeux répéta avec une stupeur croissante:

— Tu me la donnes!!!…

— Que diable veux-tu que j'en fasse!… que je la mette sur mon coeur!… que je la fasse monter en épingle! dit Agricol en riant. J'ai été très sensible, il est vrai, à la manière charmante dont cette demoiselle m'a remercié. Je suis ravi de lui avoir retrouvé sa petite chienne, et très heureux de te donner cette fleur, puisqu'elle te fait plaisir… Tu vois que la journée a été bonne…

Et ce disant, pendant que la Mayeux recevait la fleur en tremblant de bonheur, d'émotion, de surprise, le jeune forgeron s'occupa de se laver les mains, si noircies de limaille de fer et de fumée de charbon, qu'en un instant l'eau limpide devint noire. Agricol montrant du coin de l'oeil cette métamorphose à la Mayeux, lui dit tout bas en riant:

— Voilà de l'encre économique pour nous autres barbouilleurs de papier… Hier, j'ai fini des vers dont je ne suis pas trop mécontent; je te lirai ça.

En parlant ainsi, Agricol essuya naïvement ses mains au devant de sa blouse, pendant que la Mayeux reportait la cuvette sur la commode, et posait religieusement sa belle fleur sur un des côtés de la cuvette.