— Que Dieu t'entende, mon enfant!… ce sera un beau jour pour moi…

— Et ce jour-là arrivera bientôt, croyez-moi. Avec mon père… pas de nouvelles… bonnes nouvelles…

— Te rappelles-tu bien ton père, Agricol? dit la Mayeux.

— Ma foi! pour être juste, ce que je me rappelle surtout, c'est son grand bonnet à poil et ses moustaches qui me faisaient une peur du diable. Il n'y avait que le ruban rouge de la croix sur les revers blancs de son uniforme et la brillante poignée de son sabre qui me raccommodassent un peu avec lui, n'est-ce pas, ma mère!… Mais qu'as-tu donc!… tu pleures.

— Hélas! pauvre Baudoin… il a dû tant souffrir depuis qu'il est séparé de nous! À son âge, soixante ans passés… Ah! mon cher enfant… mon coeur se fend quand je pense qu'il va ne faire, peut-être, que changer de misère.

— Que dites-vous!…

— Hélas! je ne gagne rien…

— Eh bien! et moi donc! Est-ce que ne voilà pas une chambre pour lui et pour toi, une table pour lui et pour toi!… Seulement, ma bonne mère, puisque nous parlons ménage, ajouta le forgeron en donnant à sa voix une nouvelle expression de tendresse afin de ne pas choquer sa mère… laisse-moi te dire une chose: lorsque mon père sera revenu ainsi que Gabriel, tu n'auras pas besoin de faire dire des messes ni de faire brûler des cierges pour eux, n'est-ce pas! Eh bien, grâce à cette économie-là… le brave père pourra avoir sa bouteille de vin tous les jours et du tabac pour fumer sa pipe… Puis, les dimanches, nous lui ferons faire un bon petit dîner chez le traiteur.

Quelques coups frappés à la porte interrompirent Agricol.

— Entrez! dit-il.