— Il arrive… dit Françoise en soupirant, Dieu le veuille!…

— Comment, ma mère, Dieu le veuille!… Il faudra bien, pardieu, qu'il le veuille… tu as fait dire assez de messes pour ça…

— Agricol… mon enfant, dit Françoise en interrompant son fils et en secouant la tête avec tristesse, ne parle pas ainsi… et puis, il s'agit de ton père…

— Allons… bien… j'ai de la chance ce soir. À ton tour maintenant. Ah çà! je deviens décidément bête ou fou… Pardon, ma mère… je n'ai que ce mot-là à la bouche ce soir; pardon… vous savez bien que quand je m'échappe à propos de certaines choses… c'est malgré moi, car je sais la peine que je vous cause.

— Ce n'est pas moi… que tu offenses, mon pauvre cher enfant.

— Ça revient au même, car je ne sais rien de pis que d'offenser sa mère… Mais quant à ce que je te disais de la prochaine arrivée de mon père… il n'y a pas à en douter…

— Mais depuis quatre mois… nous n'avons pas reçu de lettre.

— Rappelle-toi, ma mère, dans cette lettre qu'il dictait, parce que, nous disait-il avec sa franchise de soldat, s'il lisait passablement, il n'en allait pas de même de l'écriture; dans cette lettre il nous disait de ne pas nous inquiéter de lui, qu'il serait à Paris à la fin de janvier et que, trois ou quatre jours avant son arrivée, il nous ferait savoir par quelle barrière il arriverait, afin que j'aille l'y chercher.

— C'est vrai, mon enfant… et pourtant nous voici au mois de février, et rien encore…

— Raison de plus pour que nous ne l'attendions pas longtemps; je vais même plus loin, je ne serais pas étonné que ce bon Gabriel arrivât à peu près à cette époque-ci… sa dernière lettre d'Amérique me le faisait espérer. Quel bonheur… ma mère, si toute la famille était réunie!