— Je suis seulement fâchée, mon ami, répondit Françoise, que les demoiselles du général Simon n'aient pas un meilleur logis que cette pauvre chambre… car avec la mansarde d'Agricol…

— Ça compose notre hôtel, et il y en a de plus beaux; mais rassure-toi, les pauvres enfants sont habituées à ne pas être difficiles; demain matin je partirai avec mon garçon, bras dessus bras dessous, et je te réponds qu'il ne sera pas celui qui marchera le plus droit et le plus fier de nous deux. Nous irons trouver le père du général Simon à la fabrique de M. Hardy pour causer affaires…

— Demain, mon père, dit Agricol à Dagobert, vous ne trouverez à la fabrique ni M. Hardy ni le père de M. le maréchal Simon…

— Qu'est-ce que dis là… mon garçon? dit vivement Dagobert, le maréchal?

— Sans doute, depuis 1830, des amis du général Simon ont fait reconnaître le titre et le grade que l'empereur lui avait conférés après la bataille de Ligny.

— Vraiment! s'écria Dagobert avec émotion, ça ne devrait pas m'étonner… parce que, après tout, c'est justice… et quand l'empereur a dit une chose, c'est bien le moins qu'on dise comme lui… Mais c'est égal… ça me va là… droit au coeur, ça me remue.

Puis s'adressant aux jeunes filles:

— Entendez-vous, mes enfants… vous arrivez à Paris filles d'un duc et d'un maréchal… Il est vrai qu'on ne le dirait guère à vous voir dans cette modeste chambre, mes pauvres petites duchesses… mais, patience, tout s'arrangera. Le père Simon a dû être bien joyeux d'apprendre que son fils était rentré dans son grade… hein, mon garçon?

— Il nous a dit qu'il donnerait tous les grades et tous les titres possibles pour revoir son fils… car c'était pendant l'absence du général que ses amis ont sollicité et obtenu pour lui cette justice… Du reste, on attend incessamment le maréchal, car ses dernières lettres de l'Inde annonçaient son arrivée.

À ces mots, Rose et Blanche se regardèrent; leurs yeux s'étaient remplis de douces larmes.