— Certainement, monsieur Agricol; nous parlions souvent de vous avec Dagobert, et dernièrement encore avec Gabriel, ajouta Blanche.
— Gabriel!… s'écrièrent en même temps Agricol et sa mère avec surprise.
— Eh! mon Dieu, oui, reprit Dagobert en faisant un signe d'intelligence aux orphelines, nous en aurons à vous raconter pour quinze jours; et entre autres, comment nous avons rencontré Gabriel… Tout ce que je peux vous dire… c'est que, dans son genre, il vaut mon garçon… (je ne peux pas me lasser de dire mon garçon) et qu'ils sont bien dignes de s'aimer comme des frères… Brave… brave femme… ajouta Dagobert avec émotion, c'est beau, va… ce que tu as fait là; toi, déjà si pauvre, recueillir ce malheureux enfant, l'élever avec le tien…
— Mon ami, ne parle donc pas ainsi, c'est si simple…
— Tu as raison, mais je te revaudrai cela plus tard; c'est sur ton compte… en attendant, tu le verras certainement demain dans la matinée…
— Bon frère… aussi arrivé!… s'écria le forgeron. Et que l'on dise après cela qu'il n'y a pas de jours marqués pour le bonheur!… Et comment l'avez-vous rencontré, mon père?
— Comment, vous?… toujours vous?… Ah çà… dis donc, mon garçon, est-ce que parce que tu fais des chansons tu te crois trop gros seigneur pour me tutoyer?
— Mon père…
— C'est qu'il va falloir que tu m'en dises fièrement des _tu _et des _toi, _pour que je rattrape tous ceux que tu m'aurais dits pendant dix-huit ans… Quant à Gabriel, je te conterai tout à l'heure où et comment nous l'avons rencontré, car si tu crois dormir, tu te trompes; tu me donneras la moitié de ta chambre… et nous causerons… Rabat-Joie restera en dehors de la porte de celle-ci; c'est une vieille habitude à lui d'être près de ces enfants.
— Mon Dieu, mon ami, je ne pense à rien; mais dans un tel moment… Enfin, si ces demoiselles et toi vous voulez souper… Agricol irait chercher quelque chose tout de suite chez le traiteur.