À ces simples et touchantes paroles de la Mayeux, Agricol tressaillit.

— Un mois sans travail… reprit-il d'un air triste et pensif. Et ma mère… et mon père… et ces deux jeunes filles qui font partie de notre famille jusqu'à ce que le maréchal Simon ou son père soient arrivés à Paris… Ah! tu as raison: malgré moi cette pensée m'effraye…

— Agricol, s'écria tout à coup la Mayeux, si tu t'adressais à M. Hardy, il est si bon, son caractère est si estimé… si honoré, qu'en offrant sa caution pour toi on cesserait peut-être les poursuites.

— Malheureusement, M. Hardy n'est pas ici, il est en voyage avec le père du maréchal Simon.

Puis après un nouveau silence, Agricol ajouta, cherchant à surmonter ses craintes:

— Mais non, je ne puis croire à cette lettre… Après tout, j'aime mieux attendre les événements… J'aurai du moins la chance de prouver mon innocence dans un premier interrogatoire… car enfin, ma bonne Mayeux, que je sois en prison ou que je sois obligé de me cacher… mon travail manquera toujours à ma famille…

— Hélas!… c'est vrai… dit la pauvre fille; que faire?… mon
Dieu!… que faire?…

— Ah! mon brave père… se dit Agricol, si ce malheur arrivait demain… quel réveil pour lui… qui vient de s'endormir si joyeux!

Et le forgeron cacha sa tête dans ses mains.

Malheureusement, les frayeurs de la Mayeux n'étaient pas exagérées, car on se rappelle qu'à cette époque de l'année 1832, avant et après le complot de la rue des Prouvaires, un très grand nombre d'arrestations préventives eurent lieu dans la classe ouvrière, par suite d'une violente réaction contre les idées démocratiques. Tout à coup la Mayeux rompit le silence qui durait depuis quelques secondes; une vive rougeur colorait ses traits, empreints d'une indéfinissable expression de contrainte, de douleur et d'espoir.