— Agricol, tu es sauvé!… s'écria-t-elle.
— Que dis-tu?
— Cette demoiselle si belle, si bonne, qui, en te donnant cette fleur (et la Mayeux la montra au forgeron), a su réparer avec tant de délicatesse une offre blessante… cette demoiselle doit avoir un coeur généreux… il faut t'adresser à elle…
À ces mots, qu'elle semblait prononcer en faisant un violent effort sur elle-même, deux grosses larmes coulèrent sur les joues de la Mayeux. Pour la première fois de sa vie elle éprouvait un ressentiment de douloureuse jalousie… une autre femme était assez heureuse pour pouvoir venir en aide à celui qu'elle idolâtrait, elle, pauvre créature, impuissante et misérable.
— Y penses-tu? dit Agricol avec surprise; que pourrait faire à cela cette demoiselle?
— Ne t'a-t-elle pas dit: «Rappelez-vous mon nom, et, en toute circonstance, adressez-vous à moi»?
— Sans doute…
— Cette demoiselle, dans sa haute position, doit avoir de brillantes connaissances qui pourraient te protéger, te défendre… Dès demain matin va la trouver, avoue-lui franchement ce qui t'arrive… demande-lui son appui.
— Mais, encore une fois, ma bonne Mayeux, que veux-tu qu'elle fasse?
— Écoute… je me souviens que, dans le temps mon père nous disait qu'il avait empêché un de ses amis d'aller en prison en déposant une caution pour lui… Il te sera facile de convaincre cette demoiselle de ton innocence… qu'elle te rende le service de te cautionner; alors il me semble que tu n'auras plus rien à craindre…