— La foi ne peut s'imposer par la force, reprit simplement Gabriel, la persuasion peut seule répandre l'évangélique charité parmi ces pauvres sauvages.
— Mais lorsque la persuasion échoue! dit Agricol.
— Que veux-tu, mon frère!… on meurt pour sa croyance… en plaignant ceux qui la repoussent… Car elle est bienfaisante à l'humanité.
Il y eut un moment de profond silence après cette réponse, faite avec une simplicité touchante. Dagobert se connaissait trop en courage pour ne pas comprendre cet héroïsme à la fois calme et résigné; ainsi que son fils, il contemplait Gabriel avec une admiration mêlée de respect. Gabriel, sans affectation de fausse modestie, semblait complètement étranger aux sentiments qu'il faisait naître; aussi, s'adressant au soldat:
— Qu'avez-vous donc?
— Ce que j'ai! s'écria le soldat, j'ai qu'après trente ans de guerre… je me croyais à peu près aussi brave que personne… et je trouve un maître… et ce maître… c'est toi…
— Moi!… que voulez-vous dire?… qu'ai-je donc fait?…
— Mordieu! sais-tu que ces braves blessures-là, et le vétéran prit avec transport les mains de Gabriel, sont aussi glorieuses que les nôtres… à nous autres, batailleurs de profession…
— Oui… mon père dit vrai! s'écria Agricol, et il ajouta avec exaltation: Ah!… voilà les prêtres comme je les aime, comme je les vénère: charité, courage, résignation!!!
— Je vous en prie… ne me vantez pas ainsi… dit Gabriel avec embarras.