— Mon bon frère… un mot encore… J'étais aussi venu pour te dire que d'ici à quelques jours… j'aurai besoin de toi… de vous aussi, mon père… Laissez-moi vous donner ce nom, ajouta Gabriel d'une voix émue en se retournant vers Dagobert.

— Comme tu nous dis cela!… qu'y a-t-il donc? s'écria le forgeron.

— Oui, reprit Gabriel, j'aurai besoin des conseils et de l'aide… de deux hommes d'honneur, de deux hommes de résolution; je puis compter sur vous deux, n'est-ce pas? À toute heure… quelque jour que ce soit… sur un mot de moi… vous viendrez?

Dagobert et son fils se regardèrent en silence, étonnés de l'accent de Gabriel… Agricol sentit son coeur se serrer… S'il était prisonnier pendant que son frère aurait besoin de lui, comment faire?

— À toute heure du jour et de la nuit, mon brave enfant, tu peux compter sur nous, dit Dagobert aussi surpris qu'intéressé; tu as un père et un frère… sers-t'en…

— Merci… merci, dit Gabriel, vous me rendez heureux.

— Sais-tu une chose? reprit le soldat, si ce n'était ta robe, je croirais… qu'il s'agit d'un duel… d'un duel à mort… de la façon dont tu nous dis cela!…

— D'un duel!… dit le missionnaire en tressaillant, oui… il s'agirait peut-être d'un duel étrange… terrible… pour lequel il me faut deux témoins tels que vous… un PÈRE… et un FRÈRE…

Quelques instants après, Agricol, de plus en plus inquiet, se rendait en hâte chez Mlle de Cardoville, où nous allons conduire le lecteur.

Sixième partie
L'hôtel Saint-Dizier