— Je suis chargée par la princesse, reprit Mme Grivois, ne pouvant cacher un soupir de satisfaction triomphante, de voir à l'instant même Mlle Adrienne… Il s'agit d'une chose très importante que je dois lui dire à elle-même.

À ces mots, Georgette devint pourpre, et ne put réprimer un léger mouvement d'inquiétude, qui échappa heureusement à Mme Grivois, occupée de veiller au salut de Monsieur, dont Lutine se rapprochait d'un air très menaçant. Ayant donc surmonté une émotion passagère, elle répondit avec assurance:

— Mademoiselle s'est couchée très tard hier… elle m'a défendu d'entrer chez elle avant midi.

— C'est possible… mais comme il s'agit d'obéir à un ordre de la princesse sa tante… vous voudrez bien, s'il vous plaît, mademoiselle, éveiller votre maîtresse… à l'instant même…

— Ma maîtresse n'a d'ordre à recevoir de personne; elle est ici chez elle et je ne l'éveillerai qu'à midi.

— Alors je vais y aller moi-même…

— Hébé ne vous ouvrira pas… Voici la clef du salon… et par le salon seul on peut entrer chez mademoiselle…

— Comment! vous osez vous refuser à me laisser exécuter les ordres de la princesse?…

— Oui, j'ose commettre le grand crime de ne pas vouloir éveiller ma maîtresse.

— Voilà pourtant les résultats de l'aveugle bonté de Mme la princesse pour sa nièce, dit la matrone d'un air contrit. Mlle Adrienne ne respecte plus les ordres de sa tante, et elle s'entoure de jeunes évaporées qui, dès le matin, sont parées comme des châsses…