— Ah! madame, comment pouvez-vous médire de la parure, vous qui avez été autrefois la plus coquette, la plus sémillante des femmes de la princesse?… Cela s'est répété dans l'hôtel de génération en génération jusqu'à nos jours.

— Comment! de génération en génération!… Ne dirait-on pas que je suis centenaire?… Voyez l'impertinente!…

— Je parle des générations de femmes de chambre… car, excepté vous, c'est tout au plus si elles peuvent rester deux ou trois ans chez la princesse. Elle a trop de qualités… pour ces pauvres filles.

— Je vous défends, mademoiselle, de parler ainsi de ma maîtresse… dont on ne devrait prononcer le nom qu'à genoux.

— Pourtant… si l'on voulait médire…?

— Vous osez…

— Pas plus tard qu'hier soir… à onze heures et demie…

— Hier soir?

— Un fiacre s'est arrêté à quelques pas du grand hôtel; un personnage mystérieux, enveloppé d'un manteau, en est descendu, a frappé discrètement, non pas à la porte, mais aux vitres de la fenêtre du concierge… et à une heure du matin le fiacre stationnait encore… dans la rue… attendant toujours le mystérieux personnage au manteau… qui, pendant tout ce temps- là… prononçait sans doute, comme vous dites, le nom de Mme la princesse à genoux…

Soit que Mme Grivois n'eût pas été instruite de la visite faite à Mme de Saint-Dizier par Rodin (car il s'agissait de lui) la veille au soir, après qu'il se fut assuré de l'arrivée à Paris des filles du général Simon, soit que Mme Grivois dût paraître ignorer cette visite, elle répondit en haussant les épaules avec dédain: