— Mademoiselle, en deux mots voici le fait: j'ai une bonne vieille mère qui, dans ma jeunesse, s'est ruiné la santé à travailler pour m'élever, moi et un pauvre enfant abandonné qu'elle avait recueilli; à présent c'est à mon tour de la soutenir, c'est ce que j'ai le bonheur de faire… Mais pour cela je n'ai que mon travail. Or, si je suis hors d'état de travailler, ma mère est sans ressources.
— Maintenant, monsieur, votre mère ne peut manquer de rien, puisque je m'intéresse à elle…
— Vous vous intéressez à elle, mademoiselle?
— Sans doute.
— Vous la connaissez donc?
— À présent, oui…
— Ah! mademoiselle, dit Agricol avec émotion après un moment de silence, je vous comprends… Tenez… vous avez un noble coeur; la Mayeux avait raison.
— La Mayeux? dit Adrienne en regardant Agricol d'un air très surpris; car ces mots pour elle étaient une énigme.
L'ouvrier, qui ne rougissait pas de ses amis, reprit bravement:
— Mademoiselle, je vais vous expliquer cela. La Mayeux est une pauvre jeune ouvrière bien laborieuse avec qui j'ai été élevé; elle est contrefaite, voilà pourquoi on l'appelle la Mayeux. Vous voyez donc que d'un côté elle est placée aussi bas que vous êtes placée haut. Mais pour le coeur… pour la délicatesse… ah! mademoiselle… je suis sûr que vous la valez… ça été tout de suite sa pensée lorsque je lui ai raconté comment hier vous m'aviez donné cette fleur…