— Il m'avait semblé être suivi depuis la rue Saint-Merri… Il n'y a plus à douter: on m'aura vu entrer chez vous et l'on veut m'arrêter… Ah! maintenant, mademoiselle, que votre intérêt est acquis à ma mère… maintenant que je n'ai plus d'inquiétude pour les filles du maréchal Simon, plutôt que de vous exposer au moindre désagrément, je cours me livrer…

— Gardez-vous-en bien, monsieur, dit vivement Adrienne, la liberté est une trop bonne chose pour la sacrifier volontairement… D'ailleurs, Georgette peut se tromper… mais en tout cas, je vous en prie, ne vous livrez pas… Croyez-moi, évitez d'être arrêté… cela facilitera, je pense, beaucoup mes démarches… car il me semble que la justice se montre d'un attachement exagéré pour ceux qu'elle a une fois saisis…

— Mademoiselle, dit Hébé en entrant aussi d'un air inquiet, un homme vient de frapper à la petite porte… il a demandé si un jeune homme en blouse n'était pas entré ici… il a ajouté que la personne qu'il cherchait se nommait Agricol Baudoin… et qu'on avait quelque chose de très important à lui apprendre…

— C'est mon nom, dit Agricol, c'est une ruse pour m'engager à sortir…

— Évidemment, dit Adrienne, aussi faut-il la déjouer. Qu'as-tu répondu, mon enfant? ajouta-t-elle en s'adressant à Hébé.

— Mademoiselle… j'ai répondu que je ne savais pas de qui on voulait parler.

— À merveille!… Et l'homme questionneur?

— Il s'est éloigné, mademoiselle.

— Sans doute pour revenir bientôt, dit Agricol.

— C'est très probable, reprit Adrienne. Aussi, monsieur, faut-il vous résigner à rester ici quelques heures… Je suis malheureusement obligée de me rendre à l'instant chez Mme la princesse de Saint-Dizier, ma tante, pour une entrevue très importante qui ne pouvait déjà souffrir aucun retard, mais qui est rendue plus pressante encore par ce que vous venez de m'apprendre au sujet des filles du maréchal Simon. Restez donc ici, monsieur, puisqu'en sortant vous seriez certainement arrêté.