— Mademoiselle… pardonnez mon refus… Mais encore une fois, je ne dois pas accepter cette offre généreuse.

— Et pourquoi?

— On a tenté de m'attirer au dehors afin de ne pas avoir à pénétrer légalement chez vous; mais à cette heure, mademoiselle, si je ne sors pas on entrera, et jamais je ne vous exposerai à un pareil désagrément. Je ne suis plus inquiet de ma mère, que m'importe la prison!

— Et le chagrin que votre mère ressentira, et ses inquiétudes et ses craintes, n'est-ce donc rien? Et votre père, et cette pauvre ouvrière qui vous aime comme un frère et que je vaux par le coeur, dites-vous, monsieur, l'oubliez-vous aussi?… Croyez-moi, épargnez ces tourments à votre famille… Restez ici; avant ce soir je suis certaine, soit par caution, soit autrement, de vous délivrer de ces ennuis…

— Mais, mademoiselle, en admettant que j'accepte votre offre généreuse… on me trouvera ici.

— Pas du tout… il y a dans ce pavillon, qui servait autrefois de petite maison… vous voyez, monsieur, dit Adrienne en souriant, que j'habite un lieu bien profane, il y a dans ce pavillon une cachette si merveilleusement bien imaginée qu'elle peut défier toutes les recherches: Georgette va vous y conduire; vous y serez très commodément, vous pourrez même y écrire quelques vers pour moi si la situation vous inspire…

— Ah! mademoiselle, que de bontés!… s'écria Agricol. Comment ai-je mérité…

— Comment? monsieur, je vais vous le dire: admettez que votre caractère, que votre position ne méritent aucun intérêt; admettez que je n'aie pas contracté une dette sacrée envers votre père pour les soins touchants qu'il a eus des filles du maréchal Simon, mes parentes… mais songez au moins à Lutine, monsieur, dit Adrienne en riant, à Lutine que voilà… et que vous avez rendue à ma tendresse… Sérieusement… si je ris, reprit cette singulière et folle créature, c'est qu'il n'y a pas le moindre danger pour vous, et que je me trouve dans un accès de bonheur; ainsi donc, monsieur, écrivez-moi vite votre adresse et celle de votre mère sur ce portefeuille; suivez Georgette, et faites-moi de très jolis vers si vous ne vous ennuyez pas trop dans cette prison où vous fuyez… une prison.

Pendant que Georgette conduisait le forgeron dans la cachette, Hébé apportait à sa maîtresse un petit chapeau de castor gris à plume grise, car Adrienne devait traverser le parc pour se rendre au grand hôtel occupé par Mme la princesse de Saint-Dizier. Un quart d'heure après cette scène, Florine entrait mystérieusement dans la chambre de Mme Grivois, première femme de la princesse de Saint-Dizier.

— Eh bien? demanda Mme Grivois à la jeune fille.