— Il n'y a, mademoiselle, aucune comparaison à établir entre ces gens-là… et une personne de votre condition…

— Pour un catholique… monsieur l'abbé, cette distinction est peu chrétienne, répondit Adrienne.

— Je sais la portée de mes paroles, mademoiselle, répondit sèchement l'abbé; d'ailleurs cette vie indépendante que vous voulez mener contre toute raison aurait pour l'avenir les suites les plus fâcheuses, car votre famille peut vouloir vous marier un jour, et…

— J'épargnerai ce souci à ma famille, monsieur; si je veux me marier… je me marierai moi-même… ce qui est assez raisonnable, je pense, quoiqu'à vrai dire je sois peu tentée de cette lourde chaîne que l'égoïsme et la brutalité nous rivent à jamais au cou.

— Il est indécent, mademoiselle, dit la princesse, de parler aussi légèrement de cette institution.

— Devant vous surtout, madame… il est vrai; pardon de vous avoir choquée… Vous craignez que ma manière de vivre indépendante n'éloigne les prétendants… ce m'est une raison de plus pour persister dans mon indépendance, car j'ai horreur des prétendants. Tout ce que je désire, c'est de les épouvanter, c'est de leur donner la plus mauvaise opinion de moi; et pour cela il n'y a pas de meilleur moyen que de paraître vivre absolument comme ils vivent eux-mêmes… Aussi je compte sur mes caprices, mes folies, sur mes chers défauts, pour me préserver de toute ennuyeuse et conjugale poursuite.

— Vous serez à ce sujet complètement satisfaite, mademoiselle, reprit Mme de Saint-Dizier, si malheureusement (et cela est à craindre) le bruit se répand que vous poussez l'oubli de tout devoir, de toute retenue, jusqu'à rentrer chez vous à huit heures du matin, ainsi qu'on me l'a dit… Mais je ne veux ni n'ose croire à une telle énormité.

— Vous avez tort, madame… car cela est…

— Ainsi… vous l'avouez! s'écria la princesse.

— J'avoue tout ce que je fais, madame… Je suis rentrée ce matin à huit heures.