— Messieurs, vous l'entendez! s'écria la princesse.
— Ah!… fit M. d'Aigrigny d'une voix de basse-taille.
— Ah! fit le baron d'une voix de fausset.
— Ah! murmura le docteur avec un profond soupir. En entendant ces exclamations lamentables, Adrienne fut sur le point de parler, de se justifier peut-être; mais à une petite moue dédaigneuse qu'elle fit, on vit qu'elle dédaignait de descendre à une explication.
— Ainsi… cela était vrai… reprit la princesse. Ah! mademoiselle… vous m'aviez habituée à ne m'étonner de rien… mais je doutais encore d'une pareille conduite… Il faut votre audacieuse réponse pour m'en convaincre…
— Mentir… m'a toujours paru, madame, beaucoup plus audacieux que de dire la vérité.
— Et d'où veniez-vous, mademoiselle? et pourquoi…
— Madame, dit Adrienne en interrompant sa tante, jamais je ne mens… mais jamais je ne dis ce que je ne veux pas dire; puis c'est une lâcheté de se justifier d'une accusation révoltante. Ne parlons plus de ceci… vos insistances à cet égard seraient vaines; résumons-nous. Vous voulez m'imposer une dure et humiliante tutelle; moi je veux quitter le pavillon que j'habite ici pour aller vivre où bon me semble, à ma fantaisie… De vous ou de moi, qui cédera? nous verrons. Maintenant… autre chose… Cet hôtel m'appartient… il m'est indifférent de vous y voir demeurer puisque je le quitte; mais le rez-de-chaussée est inhabité… il contient, sans compter les pièces de réception, deux appartements complets; j'en ai disposé pour quelque temps.
— Vraiment, mademoiselle! dit la princesse en regardant M. d'Aigrigny avec une grande surprise; et elle ajouta ironiquement:
— Et pour qui, mademoiselle, en avez-vous disposé?