— Pour trois personnes de ma famille.
— Qu'est-ce que cela signifie? dit Mme de Saint-Dizier, de plus en plus étonnée.
— Cela signifie, madame, que je veux offrir ici une généreuse hospitalité à un jeune prince indien, mon parent par ma mère; il arrivera dans deux ou trois jours, et je tiens à ce qu'il trouve ses appartements prêts à le recevoir.
— Entendez-vous, messieurs? dit M. d'Aigrigny au docteur et à
M. Tripeaud en affectant une stupeur profonde.
— Cela passe tout ce qu'on peut imaginer, dit le baron.
— Hélas! dit le docteur avec componction, le sentiment est généreux en soi, mais toujours cette folle petite tête…
— À merveille! dit la princesse; je ne puis du moins vous empêcher, mademoiselle, d'énoncer les voeux les plus extravagants… Mais il est présumable que vous ne vous arrêterez pas en si beau chemin. Est-ce tout?
— Pas encore… madame. J'ai appris ce matin même que deux de mes parentes aussi par ma mère… deux pauvres enfants de quinze ans… deux orphelines… les filles du maréchal Simon, étaient arrivées hier d'un long voyage, et se trouvaient chez la femme du brave soldat qui les amène en France du fond de la Sibérie…
À ces mots d'Adrienne, M. d'Aigrigny et la princesse ne purent s'empêcher de tressaillir brusquement et de se regarder avec effroi, tant ils étaient éloignés de s'attendre à ce que Mlle de Cardoville fût instruite du retour des filles du maréchal Simon; cette révélation était pour eux foudroyante.
— Vous êtes sans doute étonnés de me voir si bien instruite, dit Adrienne; heureusement, j'espère vous étonner tout à l'heure davantage encore; mais, pour en revenir aux filles du maréchal Simon, vous comprenez, madame, qu'il m'est impossible de les laisser à la charge des dignes personnes chez qui elles ont momentanément trouvé un asile; quoique cette famille soit aussi honnête que laborieuse, leur place n'est pas là… je vais donc les aller chercher pour les établir ici dans l'autre appartement du rez-de-chaussée… avec la femme du soldat, qui fera une excellente gouvernante.