— Comment donc, madame… ne sommes-nous pas ici en famille… ainsi que l'attestent les choses peu gracieuses que nous venons d'échanger.
— Mademoiselle… il n'importe… lorsqu'il s'agit d'affaires d'intérêt plus ou moins contestables, il est parfaitement inutile d'en parler, à moins d'avoir les pièces sous les yeux.
— Et de quoi parlons-nous donc depuis une heure, madame, si ce n'est d'affaires d'intérêt? En vérité, je ne comprends pas votre étonnement… ni votre embarras…
— Je ne suis ni étonnée… ni embarrassée… mademoiselle… mais depuis deux heures, vous me forcez d'entendre des choses si nouvelles, si extravagantes, qu'en vérité un peu de stupeur est bien permis.
— Je vous demande pardon, madame, vous êtes très embarrassée, dit Adrienne en regardant fixement sa tante, M. d'Aigrigny aussi… ce qui, joint à certains soupçons que je n'ai pas eu le temps d'éclaircir…
Puis après une pause, Adrienne reprit:
— Aurais-je donc deviné juste?… Nous allons le voir…
— Mademoiselle, je vous ordonne de vous taire, s'écria la princesse perdant complètement la tête.
— Ah! madame, dit Adrienne, pour une personne ordinairement si maîtresse d'elle-même, vous vous compromettez beaucoup.
La Providence, comme on dit, vint heureusement au secours de la princesse et de l'abbé d'Aigrigny, à ce moment si dangereux. Un valet de chambre entra; sa figure était si effarée, si altérée, que la princesse lui dit vivement: