Eugène suivit en tout point le conseil de Goubaux. Sur les vingt mille francs d'_Arthur, _il paya six ou sept mille francs de dettes.

De là date l'amitié de Goubaux pour Eugène Sue; et l'espèce de vénération qu'Eugène Sue avait pour Goubaux.

Un jour, il lui disait:

— Tout homme a la chose qu'il aime selon son utilité, et son ami qu'il compare à cette chose. Ainsi, moi-même, j'ai des amis que j'aime, les uns comme mes bagues, les autres comme mon argenterie, les autres comme mes chevaux; vous, mon cher Goubaux, vous êtes ma ferme de Beauce.

Et il ne lui écrivait jamais que: «Ma chère ferme de Beauce.»

Et il avait raison; car Goubaux était non seulement l'homme du conseil moral, mais encore l'homme du conseil littéraire.

Vers 1839 ou 1840, le coeur d'Eugène Sue se reprit d'un grand amour. Cette passion, qui avait commencé comme un caprice à la manière du pari de M. de Richelieu dans _Mademoiselle de Belle- Isle, _devait tenir une grande place dans la vie du romancier.

Cette fois, celle qu'il aimait et dont il était aimé, était une des femmes les plus distinguées et les plus intelligentes de Paris.

Ce fut, ayant à sa droite Goubaux, qui était sa raison, et à sa gauche cette femme, qui était sa lumière, qu'Eugène Sue fit ses deux meilleurs romans, _Mathilde _et Les Mystères de Paris.

_Mathilde _ne fut point estimée à sa valeur; _Les Mystères de Paris _furent estimés au-delà de la leur.