La voiture s'arrêta.
Le valet de pied alla heurter à une grande porte cochère d'une façon particulière; d'abord il frappa deux coups précipités, puis un autre séparé par un assez long intervalle. Adrienne ne remarqua pas cette circonstance, car les coups avaient été peu bruyants, et d'ailleurs le docteur avait aussitôt pris la parole afin de couvrir par sa voix le bruit de cette espèce de signal.
— Enfin, nous voici arrivés, avait-il dit gaiement à Adrienne: soyez bien séduisante, c'est-à-dire, soyez vous-même.
— Soyez tranquille, je ferai de mon mieux, dit en souriant
Adrienne.
Puis elle ajouta, frissonnant malgré elle:
— Quel froid noir!… Je vous avoue, mon bon monsieur Baleinier, qu'après avoir été chercher mes pauvres petites parentes chez la mère de notre brave ouvrier, je retrouverai ce soir avec un vif plaisir mon joli salon bien chaud et bien brillamment éclairé; car vous savez mon aversion pour le froid et pour l'obscurité.
— C'est tout simple, dit galamment le docteur; les plus charmantes fleurs ne s'épanouissent qu'à la lumière et à la chaleur.
Pendant que le médecin et Mlle de Cardoville échangeaient ces paroles, la lourde porte cochère avait crié sur ses gonds et la voiture était entrée dans la cour. Le docteur descendit le premier pour offrir son bras à Adrienne.
II. Le cabinet du ministre.
La voiture était arrivée devant un petit perron couvert de neige et exhaussé de quelques marches qui conduisaient à un vestibule éclairé par une lampe.