— Voulez-vous venir vous coucher, oui ou non? dit la Gervaise d'un air impatient et dur.

— Écoutez, madame, reprit précipitamment Adrienne, laissez-moi sortir… et je vous donne à chacune deux mille francs… N'est-ce pas assez? je vous en donne dix… vingt… ce que vous voudrez… je suis riche… mais que je sorte… mon Dieu!… que je sorte… je ne veux pas rester… j'ai peur ici, moi!… s'écria la malheureuse jeune fille avec un accent déchirant.

— Vingt mille francs!… comme c'est ça, dis donc, la Thomas!

— Laisse donc tranquille, Gervaise, c'est toujours leur même chanson à toutes…

— Eh bien!… puisque raisons, prières, menaces sont vaines, dit Adrienne puisant une grande énergie dans sa position désespérée, je vous déclare que je veux sortir, moi… et à l'instant… Nous allons voir si l'on a l'audace d'employer la force contre moi!

Et Adrienne fit résolument un pas vers la porte.

À ce moment, les cris sauvages et rauques qui avaient précédé le bruit de lutte dont Adrienne avait été si effrayée retentirent de nouveau; mais cette fois les hurlements affreux ne furent accompagnés d'aucun piétinement.

— Oh! quels cris! dit Adrienne en s'arrêtant; et, dans sa frayeur, elle se rapprocha des deux femmes. Ces cris… les entendez-vous?… Mais qu'est-ce donc que cette maison, mon Dieu, où l'on entend cela? Et puis là-bas, ajouta-t-elle presque avec égarement en montrant l'autre corps de logis, dont une fenêtre brillait éclairée dans l'obscurité, fenêtre devant laquelle la figure blanche passait et repassait toujours, là-bas! voyez- vous… Qu'est-ce que cela?…

— Eh bien! dit la Thomas, c'est des personnes qui, comme vous, n'ont pas été sages…

— Que dites-vous? s'écria Mlle de Cardoville en joignant les mains avec terreur. Mais… mon Dieu! qu'est-ce donc que cette maison? qu'est-ce qu'on leur fait donc?…