— Allons, allons, madame, dit la grande femme (on l'appelait la Thomas) n'ayant pas l'air d'entendre ce que disait Adrienne, voilà l'heure… il faut venir vous coucher.

— Me coucher! s'écria Mlle de Cardoville avec épouvante.

Mais, mon Dieu! c'est à en devenir folle… Puis, s'adressant aux deux femmes:

— Quelle est cette maison? où suis-je? répondez.

— Vous êtes dans une maison, dit la Thomas d'une voix rude, où il ne faut pas crier par la fenêtre, comme tout à l'heure.

— Et où il ne faut pas non plus éteindre les lampes, comme vous venez de le faire… sans ça, reprit l'autre femme appelée Gervaise, nous nous fâcherons.

Adrienne, ne trouvant pas une parole, frissonnant d'épouvante, regardait tout à tour ces horribles femmes avec stupeur; sa raison s'épuisait en vain à comprendre ce qui se passait. Tout à coup elle crut avoir deviné et s'écria:

— Je le vois, il y a ici méprise… je ne me l'explique pas… mais enfin, il y a une méprise… vous me prenez pour une autre… Savez-vous qui je suis?… Je me nomme Adrienne de Cardoville!… Ainsi vous le voyez… je suis libre de sortir d'ici; personne n'a le droit de me retenir de force… Ainsi, je vous l'ordonne; allez à l'instant me chercher une voiture… S'il n'y en a pas dans ce quartier, donnez-moi quelqu'un qui m'accompagne et me conduise chez moi, rue de Babylone, à l'hôtel Saint-Dizier. Je récompenserai généreusement cette personne, et vous aussi…

— Ah çà, aurons-nous bientôt fini? dit la Thomas; à quoi bon nous dire tout ça?

— Prenez garde, reprit Adrienne, qui voulait avoir recours à tous les moyens, si vous me reteniez de force ici… ce serait bien grave… vous ne savez pas à quoi vous vous exposeriez!