— Je veux, ma chère enfant, qu'un jour vous ayez pour moi autant de reconnaissance que vous avez d'aversion… et cette aversion, je l'avais prévue… mais, si pénibles que soient certains devoirs, il faut se résigner à les accomplir, dit M. Baleinier en soupirant, et d'un ton si naturellement convaincu qu'Adrienne ne put d'abord retenir un mouvement de surprise… Puis un rire amer effleurant ses lèvres:
— Ah!… décidément… tout ceci est pour mon bien?…
— Franchement, ma chère demoiselle… ai-je jamais eu d'autre but que celui de vous être utile?
— Je ne sais, monsieur, si votre impudence n'est pas encore plus odieuse que votre lâche trahison!…
— Une trahison! dit M. Baleinier en haussant les épaules d'un air peiné, une trahison! Mais réfléchissez donc, ma pauvre enfant… croyez-vous que si je n'agissais pas loyalement, consciencieusement, dans votre intérêt, je reviendrais ce matin affronter votre indignation, à laquelle je devais m'attendre?… Je suis le médecin en chef de cette maison de santé qui m'appartient… mais… j'ai ici deux de mes élèves, médecins comme moi, qui me suppléent… je pouvais donc les charger de vous donner leurs soins… Eh bien, non… je n'ai pas voulu cela… je connais votre caractère, votre nature, vos antécédents… et même, abstraction faite de l'intérêt que je vous porte… mieux que personne je puis vous traiter convenablement.
Adrienne avait écouté M. Baleinier sans l'interrompre; elle le regarda fixement, et lui dit:
— Monsieur… combien vous paye-t-on… pour me faire passer pour folle?
— Mademoiselle!… s'écria M. Baleinier, blessé malgré lui.
— Je suis riche… vous le savez, reprit Adrienne avec un dédain écrasant, je double la somme… qu'on vous donne… Allons, monsieur, au nom de… l'amitié, comme vous dites… accordez-moi du moins la faveur d'enchérir.
— Vos gardiennes, dans leur rapport de cette nuit, m'ont appris que vous leur aviez fait la même proposition, dit M, Baleinier en reprenant tout son sang-froid.