— À bientôt donc… mon bon monsieur Baleinier! mon seul espoir est en vous maintenant.
Et sa tête se pencha sur sa poitrine; ses mains retombèrent sur ses genoux, et elle resta assise au bord de son lit, pâle, immobile… écrasée…
— Folle, dit-elle lorsque M. Baleinier eut disparu; peut-être folle…
Nous nous sommes étendu sur cet épisode, beaucoup moins _romanesque _qu'on ne pourrait le penser. Plus d'une fois des intérêts, des vengeances, des machinations perfides ont abusé de l'imprudente facilité avec laquelle on reçoit quelquefois de la main de leurs familles ou de leurs amis des _pensionnaires _dans quelques maisons de santé particulières destinées aux aliénés.
Nous dirons plus tard notre pensée au sujet de la création d'une sorte d'inspection ressortissant de l'autorité ou de la magistrature civile, qui aurait pour but de surveiller périodiquement et fréquemment les établissements destinés à recevoir les aliénés… et d'autres établissements non moins importants, et encore plus en dehors de toute surveillance… nous voulons parler de certains couvents de femmes, dont nous nous occuperons bientôt.
Huitième partie
Le confesseur
I. Pressentiments.
Pendant que les faits précédents se passaient dans la maison de santé du docteur Baleinier, d'autres scènes avaient lieu, environ à la même heure, rue Brise-Miche, chez Françoise Baudoin. Sept heures du matin venaient de sonner à l'église Saint-Merri, le jour était bas et sombre, le givre et le grésil pétillaient aux fenêtres de la triste chambre de la femme de Dagobert.
Ignorant encore l'arrestation de son fils, Françoise l'avait attendu la veille toute la soirée, et ensuite une partie de la nuit, au milieu d'inquiétudes navrantes; puis, cédant à la fatigue, au sommeil, vers les trois heures du matin elle s'était jetée sur un matelas à côté du lit de Rose et de Blanche. Dès le jour (il venait de paraître), Françoise se leva pour monter dans la mansarde d'Agricol, espérant, bien faiblement il est vrai, qu'il serait rentré depuis quelques heures.
Rose et Blanche venaient de se lever et de s'habiller. Elles se trouvaient seules dans cette chambre triste et froide. Rabat-Joie, que Dagobert avait laissé à Paris, était étendu près du poêle refroidi, et, son long museau entre ses deux pattes de devant, il ne quittait pas de l'oeil les deux soeurs. Celles-ci, ayant peu dormi, s'étaient aperçues de l'agitation et des angoisses de la femme de Dagobert. Elles l'avaient vue tantôt marcher en se parlant à elle-même, tantôt prêter l'oreille au moindre bruit qui venait de l'escalier, et parfois s'agenouiller devant le crucifix placé à l'une des extrémités de la chambre. Les orphelines ne se doutaient pas qu'en priant avec ferveur pour son fils, l'excellente femme priait aussi pour elles, car l'état de leur âme l'épouvantait.