Lorsque Françoise rentra dans la chambre, sa physionomie était si profondément altérée que Rose ne put s'empêcher de s'écrier:
— Mon Dieu, madame… qu'avez-vous?
— Hélas! mes chères demoiselles, je ne puis vous le cacher plus longtemps… et Françoise fondit en larmes: depuis hier, je ne vis pas… J'attendais mon fils pour souper comme à l'ordinaire… il n'est pas venu. Je n'ai pas voulu vous laisser voir combien cela me chagrinait déjà… je l'attendais de minute en minute… car depuis dix ans il n'est jamais monté se coucher sans venir m'embrasser… J'ai passé une partie de la nuit là, près de la porte, à écouter si j'entendais son pas… Je n'ai rien entendu… Enfin, à trois heures du matin, je me suis jetée sur un matelas… Je viens d'aller voir si, comme je l'espérais, il est vrai, faiblement, mon fils n'était pas rentré au matin…
— Eh bien, madame?
— Il n'est pas revenu!… dit la pauvre mère en essuyant ses yeux…
Rose et Blanche se regardèrent avec émotion… une même pensée les préoccupait: si Agricol ne revenait pas, comment vivrait cette famille? Ne deviendraient-elles pas alors une charge doublement pénible dans cette circonstance?
— Mais peut-être, madame, dit Blanche, M. Agricol sera-t-il resté à travailler trop tard pour avoir pu revenir hier soir.
— Oh! non, non, il serait rentré au milieu de la nuit, sachant les inquiétudes qu'il me causerait… Hélas!… il lui sera arrivé un malheur… peut-être blessé à sa forge; il est si ardent, si courageux au travail!… Ah! mon pauvre fils! Et comme si déjà je ne ressentais pas assez d'angoisses à son sujet, me voici maintenant tourmentée pour cette pauvre jeune ouvrière qui demeure là-haut…
— Comment donc, madame?
— En sortant de chez mon fils je suis entrée chez elle pour lui conter mon chagrin, car elle est presque une fille pour moi, je ne l'ai pas trouvée dans le petit cabinet qu'elle occupe; le jour commençait à peine; son lit n'était pas seulement défait… Où est-elle allée si tôt, elle qui ne sort jamais?…