— Hélas! mon Dieu!… prenez pitié de moi, dit Françoise en pleurant.

— Il ne faut pas vous désoler ainsi, reprit la voix d'un ton plus doux; heureusement pour ces infortunées, elles vous ont rencontrée dans leur route… Elles auront en vous et en votre mari de bons et saints exemples… car votre mari, autrefois impie, pratique maintenant ses devoirs religieux, je suppose?

— Il faut prier pour lui, mon père… dit tristement Françoise, la grâce ne l'a pas encore touché… C'est comme mon pauvre enfant… qu'elle n'a pas touché non plus… Ah! mon père, dit Françoise en essuyant ses larmes, ces pensées là sont ma plus lourde croix.

— Ainsi, ni votre mari ni votre fils ne pratiquent… dit la voix avec réflexion, ceci est très grave, très grave… L'éducation religieuse de ces deux malheureuses jeunes filles est tout entière à faire… Elles auront chez vous, à chaque instant sous les yeux, de déplorables exemples… Prenez garde… je vous l'ai dit… vous avez charge d'âmes… votre responsabilité est immense.

— Mon Dieu! mon père… c'est ce qui me désole… je ne sais comment faire. Venez à mon secours, donnez-moi vos conseils: depuis vingt ans, votre voix est pour moi la voix du Seigneur.

— Eh bien, il faut vous entendre avec votre mari et mettre ces infortunées dans une maison religieuse… où on les instruira.

— Nous sommes trop pauvres, mon père, pour payer leur pension, et malheureusement encore mon fils vient d'être mis en prison pour des chants qu'il a faits.

— Voilà où mène… l'impiété… dit sévèrement la voix. Voyez Gabriel… il a suivi mes conseils… et à cette heure il est le modèle de toutes les vertus chrétiennes.

— Mais mon fils Agricol a aussi bien des qualités, mon père… il est si bon, si dévoué…

— Sans religion, dit la voix avec un redoublement de sévérité, ce que vous appelez des qualités sont de vaines apparences; au moindre souffle du démon elles disparaissent… car le démon demeure au fond de toute âme sans religion.