— Ah! mon pauvre fils! dit Françoise en pleurant, je prie pourtant bien chaque jour pour que la foi l'éclaire…

— Je vous l'ai toujours dit, reprit la voix, vous avez été trop faible pour lui; à cette heure Dieu vous en punit; il fallait vous séparer de ce fils irréligieux, ne pas consacrer son impiété en l'aimant comme vous le faites; quand on a un membre gangrené, a dit l'Écriture, on se le retranche…

— Hélas! mon père… vous le savez, c'est la seule fois que je vous ai désobéi… je n'ai jamais pu me résoudre à me séparer de mon fils…

— Aussi… votre salut est-il incertain; mais Dieu est miséricordieux… ne retombez pas dans la même faute au sujet de ces deux jeunes filles que la Providence vous a envoyées pour que vous les sauviez de l'éternelle damnation; qu'elles n'y soient pas du moins plongées par une coupable indifférence.

— Ah! mon père… j'ai bien pleuré, bien prié sur elles.

— Cela ne suffit pas… ces malheureuses ne doivent avoir aucune notion du bien et du mal. Leur âme doit être un abîme de scandale et d'impureté… élevées par une mère impie et par un soldat sans foi.

— Quant à cela, mon père, dit naïvement Françoise, rassurez-vous, elles sont douces comme des anges, et mon mari, qui ne les a pas quittées depuis leur naissance, dit qu'il n'y a pas de meilleurs coeurs.

— Votre mari a été pendant toute sa vie en péché mortel, dit rudement la voix, il n'a pas caractère pour juger de l'état des âmes, et, je vous le répète, puisque vous remplacez les parents de ces infortunées, ce n'est pas demain, c'est aujourd'hui, à l'heure même, qu'il faut travailler à leur salut, sinon vous encourrez une responsabilité terrible.

— Mon Dieu, cela est vrai, je le sais bien, mon père… et cette crainte m'est au moins aussi affreuse que la douleur de savoir mon fils arrêté… Mais que faire?… Instruire ces jeunes filles chez nous, je ne le pourrais pas; je n'ai pas la science… je n'ai que la foi; et puis mon pauvre mari, dans son aveuglement, plaisante sur ces saintes choses, que mon fils respecte en ma présence par égard pour moi… Encore une fois, mon père… je vous en conjure, venez à mon secours! Que faire?… conseillez-moi.

— On ne peut pourtant pas abandonner à une effroyable perdition ces deux jeunes âmes, dit la voix après un moment de silence; il n'y a pas deux moyens de salut… il n'y en a qu'un seul… les placer dans une maison religieuse, où elles ne soient entourées que de saints et pieux exemples.