— Ah! mon père, si nous n'étions pas si pauvres, ou du moins si je pouvais encore travailler, je tâcherais de gagner de quoi payer leur pension, de faire comme j'ai fait pour Gabriel… Malheureusement, ma vue est complètement perdue… Mais, j'y pense, mon père… vous connaissez tant d'âmes charitables… si vous pouviez les intéresser en faveur de ces deux pauvres orphelines?
— Mais leur père, où est-il?
— Il était dans l'Inde; mon mari m'a dit qu'il doit arriver en France prochainement… mais rien n'est certain… et puis encore une chose, mon père: le coeur me saignait de voir ces pauvres enfants partager notre misère… et elle va être bien grande… car nous ne vivons que du travail de mon fils.
— Ces jeunes filles n'ont donc aucun parent ici? dit la voix.
— Je ne crois pas, mon père.
— Et c'est leur mère qui les a confiées à votre mari pour les amener en France?
— Oui, mon père; et il a été obligé de partir hier pour Chartres pour une affaire très pressée, m'a-t-il dit.
(On se rappelle que Dagobert n'avait pas jugé à propos d'instruire sa femme des espérances que les filles du maréchal Simon devaient fonder sur la médaille, et qu'elles-mêmes avaient reçu du soldat l'expresse recommandation de n'en pas parler, même à Françoise.)
— Ainsi, reprit la voix après quelques moments de silence, votre mari n'est pas à Paris?
— Non, mon père… il reviendra sans doute ce soir ou demain matin…