— Écoutez, dit la voix après une nouvelle pause, chaque minute perdue pour le salut de ces deux jeunes filles est un nouveau pas qu'elles font dans une voie de perdition… D'un moment à l'autre, la main de Dieu peut s'appesantir sur elles, car lui seul sait l'heure de notre mort; et mourant dans l'état où elles sont, elles seraient damnées peut-être pour l'éternité; dès aujourd'hui même, il faut donc ouvrir leurs yeux à la lumière divine… et les mettre dans une maison religieuse. Tel est votre devoir… tel serait votre désir?

— Oh! oui… mon père!… mais malheureusement je suis trop pauvre, je vous l'ai dit.

— Je le sais, ce n'est ni le zèle ni la foi qui vous manquent; mais fussiez-vous capable de diriger ces jeunes filles, les exemples impies de votre mari, de votre fils, détruiraient quotidiennement votre ouvrage… d'autres doivent donc faire pour ces orphelines, au nom de la charité chrétienne, ce que vous ne pouvez faire… vous qui répondez d'elles… devant Dieu.

— Ah! mon père… si grâce à vous cette bonne oeuvre s'accomplissait, quelle serait ma reconnaissance!

— Cela n'est pas impossible… je connais la supérieure d'un couvent où les jeunes filles seraient instruites comme elles doivent l'être… le prix de leur pension serait diminué en raison de leur pauvreté; mais si minime qu'elle soit, il faudrait la payer… Il y a aussi un trousseau à fournir… Cela, pour vous, serait encore trop cher?

— Hélas! oui… mon père!

— En prenant un peu sur mon fonds d'aumônes, en m'adressant à certaines personnes généreuses, je pourrais compléter la somme nécessaire… et faire ainsi recevoir les jeunes filles au couvent.

— Ah! mon père… vous êtes mon sauveur… et celui de ces enfants…

— Je le désire… mais dans l'intérêt même de leur salut, et pour que ces mesures soient efficaces, je dois mettre plusieurs conditions à l'appui que je vous offre.

— Ah! dites-les, mon père, elles sont acceptées d'avance. Vos commandements sont tout pour moi.