Or, sur ces sept mille francs, il y avait, je ne sais trop comment ni pourquoi, trois mille francs à payer au libraire; de sorte que le libraire, qui ne faisait rien, qui ne publiait même pas, gagnait presque autant qu'Eugène Sue, qui, ayant le travail extrêmement difficile, s'exténuait à produire.
Et même, de ce nouveau traité, _Le Constitutionnel _ne publia que quatre volumes des Sept Péchés capitaux.
Le 2 décembre arriva.
Eugène Sue ne fut porté sur aucune liste de proscription; mais le comte d'Orsay, notre ami commun, lui donna le conseil de s'expatrier volontairement.
Eugène Sue suivit ce conseil. Il se retira à Annecy, en Savoie, chez un de ses amis, M. Masset. Il y a deux Annecy: Annecy-le-Neuf et Annecy-le-Vieux.
M. Masset habitait Annecy-le-Vieux. Eugène Sue logea d'abord chez lui; puis, un petit chalet étant venu à vaquer sur les bords du lac, il le loua pour la modique somme de quatre cents francs par an. En quittant la France, Eugène Sue y avait laissé une centaine de mille francs de dettes, à peu près. Son premier soin fut de s'occuper de ses créanciers. Il fit un marché avec Masset.
Masset paierait ses dettes, lui donnerait dix mille francs par an pour vivre, et garderait le surplus pour se rembourser. Masset remboursé, le surplus des dix mille francs serait placé à la banque d'Annecy.
Au bout de trois ans, Masset fut remboursé, et les placements commencèrent.
Il y a un an à peu près que Goubaux recevait d'Eugène Sue une lettre qui commençait par ces mots:
Ma chère ferme de Beauce,