Croiriez-vous une chose, c'est que, si j'écrivais à la banque d'Annecy: «Payez à mon ordre la somme de vingt-cinq mille francs», elle la paierait sans contestation?

Et, en effet, il travaillait là-bas énormément.

Voici quelle était sa vie.

Il se levait à sept heures du matin, puis se mettait au travail aussitôt sa toilette faite. À dix heures, il prenait deux tasses de thé sans crème, parfois de chocolat.

À deux heures, sa journée de travail était finie; alors, il s'habillait selon la saison, et, à moins que le temps ne fût par trop mauvais, faisait à pied le tour du lac, quatre ou cinq lieues.

Il rentrait, se mettait à table, mangeait fortement et passait le reste de la journée avec quelques amis.

Eugène Sue avait, de tout temps, été grand marcheur. Aux Bordes, il faisait, chaque jour, des promenades de trois ou quatre heures consécutives. Il s'était imposé cet exercice pour sa santé; comme Byron, il craignait d'engraisser, et, dans cette crainte, bien plus plausible chez lui que chez Byron, il ne mangea pendant plusieurs années à son dîner qu'un seul potage aux herbes, un filet de sole, et quelques tranches de homard à l'huile.

Il y avait, en effet, chez Eugène Sue tendance à l'obésité.

Le résultat de ces sept heures de travail fut L'Institutrice. La Famille Jouffroy, un des meilleurs romans de son exil, Les Mystères du peuple, Gilbert et Gilberte, La Bonne Aventure, et enfin Les Secrets de l'oreiller, qu'il a laissés inédits.

Il avait eu de nouveaux tracas avec _Le Constitutionnel: _un procès où son ami Masset était intervenu, et au bout duquel on obtint que le journal paierait une somme de quarante mille francs pour ne plus publier les romans d'Eugène Sue.