— Pauvres petites…
— Il y a trois mois on nous a emprisonnées. Eh bien, quand il nous a vues, le gouverneur de la prison, qui avait pourtant l'air très dur, a dit: «Ce serait vouloir la mort de ces enfants que de les séparer…» Aussi nous sommes restées ensemble et nous nous sommes trouvées aussi heureuses qu'on peut l'être en prison.
— Cela fait l'éloge de votre excellent coeur et aussi des personnes qui ont compris tout le bonheur que vous aviez d'être réunies.
La voiture s'arrêta. On entendit le cocher crier:
— La porte, s'il vous plaît!
— Ah! nous voici arrivées chez votre chère parente, dit Mme Grivois. Les deux battants d'une porte s'ouvrirent, et le fiacre roula bientôt sur le sable d'une cour. Mme Grivois ayant levé un des stores, on vit une vaste cour coupée dans sa largeur par une haute muraille, au milieu de laquelle était une sorte de porche formant avant-corps et soutenu par des colonnes de plâtre. Sous ce porche était une petite porte. Au-delà du mur, on voyait le faîte et le fronton d'un très grand bâtiment construit en pierres de taille; comparée à la maison de la rue Brise-Miche, cette demeure semblait un palais, aussi Blanche dit à Mme Grivois, avec une expression de naïve admiration:
— Mon Dieu! madame, quelle belle habitation!
— Ce n'est rien, vous allez voir l'intérieur… c'est bien autre chose! répondit madame Grivois.
Le cocher ouvrit la portière; quelle fut la colère de Mme Grivois et la surprise des deux jeunes filles… à la vue de Rabat-Joie, qui avait intelligemment suivi la voiture, et qui, les oreilles droites, la queue frétillante, semblait, le malheureux, avoir oublié ses crimes et s'attendre à être loué de son intelligente fidélité.
— Comment! s'écria Mme Grivois, dont toutes les douleurs se renouvelèrent. Cet abominable chien a suivi la voiture?