— Allons, dit brusquement Dagobert, tu les auras laissées sortir avec une voisine; pourquoi ne pas les avoir accompagnées toi-même, ou priées de m'attendre si elles voulaient se promener un peu… Ce que je comprends, du reste… cette chambre est si triste!… mais je suis étonné qu'elles soient parties avant de savoir des nouvelles de cette bonne Mayeux, car elles ont des coeurs d'ange… Mais… comme tu es pâle! ajouta le soldat en regardant Françoise de plus près. Qu'est-ce que tu as donc, ma pauvre femme?… est-ce que tu souffres?
Et Dagobert prit affectueusement la main de Françoise.
Celle-ci, douloureusement émue de ces paroles prononcées avec une touchante bonté, courba la tête et baisa en pleurant la main de son mari. Le soldat, de plus en plus inquiet en sentant les larmes brûlantes couler sur sa main, s'écria:
— Tu pleures… tu ne me réponds pas… mais dis-moi donc ce qui te chagrine, ma pauvre femme… Est-ce parce que je t'ai parlé un peu fort en te demandant pourquoi tu avais laissé ces chères enfants sortir avec une voisine. Dame… que veux-tu?… leur mère me les a confiées en mourant… tu comprends… c'est sacré… cela… Aussi je suis toujours pour elles comme une vraie poule pour ses poussins, ajouta-t-il en riant pour égayer Françoise.
— Et tu as raison de les aimer…
— Voyons, calme-toi, tu me connais: avec ma grosse voix, je suis bon homme au fond… puisque tu es bien sûre de cette voisine, il n'y a que demi-mal… mais désormais, vois-tu, ma bonne Françoise, ne fais jamais rien à cet égard sans me consulter… Ces enfants t'ont donc demandé à aller se promener un peu avec Rabat-Joie?
— Non… mon ami… je…
— Comment, non?… Quelle est donc cette voisine à qui tu les a confiées? où les a-t-elle menées? à quelle heure les ramènera-t- elle?
— Je… ne sais pas… murmura Françoise d'une voix éteinte.
— Tu ne sais pas! s'écria Dagobert irrité; puis, se contenant, il reprit d'un ton de reproche amical: