— Je ne puis rien te dire.

— Quelqu'un les a-t-il emmenées?

— Hélas! mon ami, à quoi bon m'interroger? je ne peux pas répondre.

— Reviendront-elles ici?

— Je ne sais pas… Dagobert se leva brusquement; de nouveau, la patience était sur le point de lui échapper. Après quelques pas dans la chambre, il revint s'asseoir.

— Mais enfin, dit-il à sa femme, tu n'as aucun intérêt, toi, à me cacher ce que sont devenues ces enfants; pourquoi refuser de m'en instruire?

— Parce que je ne peux faire autrement.

— Je crois que si… lorsque tu sauras une chose que tu m'obliges à te dire; écoute-moi bien, ajouta Dagobert d'une voix émue: si ces enfants ne me sont pas rendues la veille du 13 février, et tu vois que le temps presse… tu me mets, envers les filles du maréchal Simon, dans la position d'un homme qui les aurait volées, dépouillées, entends-tu bien? dépouillées, dit le soldat d'une voix profondément altérée. Puis, avec un accent de désolation qui brisa le coeur de Françoise, il ajouta:

— Et j'avais pourtant fait tout ce qu'un honnête homme peut faire… pour amener ces pauvres enfants ici… Tu ne sais pas, toi, ce que j'ai eu à endurer en route… mes soins, mes inquiétudes… car enfin… moi, soldat, chargé de deux jeunes filles… ce n'est qu'à force de coeur, de dévouement, que j'ai pu m'en tirer… et lorsque, pour ma récompense, je croyais pouvoir dire à leur père: «Voici vos enfants…»

Le soldat s'interrompit…