_— _Oui… Comment sais-tu?…

— Gabriel! dit le soldat en se parlant à lui-même; puis il ajouta vivement: Et Gabriel sait-il que tu as trouvé cette médaille sur lui?

— Je lui en ai parlé dans le temps; il avait aussi dans sa poche, quand je l'ai recueilli, un portefeuille rempli de papiers écrits en langue étrangère; je les ai remis à M. l'abbé Dubois, mon confesseur, pour qu'il pût les examiner. Il m'a dit plus tard que ces papiers étaient de peu d'importance. Quelque temps après, quand une personne bien charitable, nommée M. Rodin, s'est chargée de l'éducation de Gabriel et de le faire entrer au séminaire, M. l'abbé Dubois a remis ces papiers et cette médaille à M. Rodin; depuis, je n'en ai plus entendu parler.

Lorsque Françoise avait parlé de son confesseur, un éclair soudain avait frappé l'esprit du soldat; quoiqu'il fût loin de se douter des machinations depuis longtemps ourdies autour de Gabriel et des orphelines, il pressentit vaguement que sa femme devait obéir à quelque secrète influence de confessionnal, influence dont il ne comprenait, il est vrai, ni le but ni la portée, mais qui lui expliquait, du moins en partie, l'inconcevable opiniâtreté de Françoise à se taire au sujet des orphelines.

Après un moment de réflexion, il se leva et dit sévèrement à sa femme en la regardant fixement:

— Il y a du prêtre… dans tout ceci.

— Que veux-tu dire, mon ami?

— Tu n'as aucun intérêt à me cacher les enfants; tu es la meilleure des femmes; tu vois ce que je souffre; si tu agissais de toi-même tu aurais pitié de moi…

— Mon ami…

— Je te dis que tout ça sent le confessionnal! reprit Dagobert. Tu sacrifies moi et ces enfants à ton confesseur; mais prends bien garde… je saurai où il demeure… et, mille tonnerres!… j'irai lui demander qui de lui ou de moi est le maître de mon ménage, et s'il se tait… ajouta le soldat avec une expression menaçante, je saurai bien le forcer de parler…