— Hé, mordieu! monsieur, dit Dagobert avec impatience, à mon âge on a le sens commun; voici les faits: ma femme est la meilleure, la plus honorable des créatures… parlez-en dans le quartier, on vous le dira… mais elle est dévote; mais depuis vingt ans elle ne voit que par les yeux de son confesseur… Elle adore son fils, elle m'aime beaucoup aussi; mais au-dessus de son fils, et de moi… il y a toujours le confesseur.

— Monsieur, dit le commissaire, ces détails… intimes…

— Sont indispensables… vous allez voir… Je sors, il y a une heure, pour aller réclamer cette pauvre Mayeux… En rentrant, les jeunes filles avaient disparu; je demande à ma femme, à qui je les avais laissées, où elles sont… elle tombe à genoux en sanglotant et me dit: «Fais de moi ce que tu voudras… mais ne me demande pas ce que sont devenues les enfants… je ne peux pas te répondre.»

— Serait-il vrai… madame?… s'écria le commissaire en regardant Françoise avec une grande surprise.

— Emportements, menaces, prières, rien n'a fait, reprit Dagobert, à tout elle m'a répondu avec sa douleur de sainte: «Je ne peux rien dire.» Eh bien, moi, monsieur, voici ce que je soutiens: ma femme n'a aucun intérêt à la disparition de ces enfants; elle est sous la domination entière de son confesseur; elle a agi par son ordre, et elle n'est que l'instrument; il est le seul coupable.

À mesure que Dagobert parlait, la physionomie du commissaire devenait de plus en plus attentive en regardant Françoise, qui, soutenue par la Mayeux, pleurait amèrement. Après avoir un instant réfléchi, le magistrat fit un pas vers la femme de Dagobert, et lui dit:

— Madame… vous avez entendu ce que vient de déclarer votre mari?

— Oui, monsieur.

— Qu'avez-vous à me dire pour vous justifier?…

— Mais, monsieur! s'écria Dagobert, ce n'est pas ma femme que j'accuse… je n'entends pas cela… c'est son confesseur!