Enfin, au-delà du détroit, et le dominant, se dressent les masses granitiques du cap de Galles, pointe extrême de l'Amérique du Nord.

Ces latitudes désolées n'appartiennent plus au monde habitable; par leur froid terrible, les pierres éclatent, les arbres se fendent, le sol se crevasse en lançant des gerbes de paillettes glacées.

Nul être humain ne semble pouvoir affronter la solitude de ces régions de frimas et de tempêtes, de famine et de mort…

Pourtant… chose étrange! on voit des traces de pas sur la neige qui couvre ces déserts, dernières limites des deux continents, divisés par le canal de Behring.

Du côté de la terre américaine, l'empreinte des pas, petite et légère, annonce le passage d'une femme…

Elle s'est dirigée vers les roches d'où l'on aperçoit, au-delà du détroit, les steppes neigeuses de la Sibérie.

Du côté de la Sibérie, l'empreinte plus grande, plus profonde, annonce le passage d'un homme.

Il s'est aussi dirigé vers le détroit.

On dirait que cet homme et cette femme, arrivant ainsi en sens contraire aux extrémités du globe, ont espéré s'entrevoir à travers l'étroit bras de mer qui sépare les deux mondes! Et, chose plus étrange encore! cet homme et cette femme ont traversé ces solitudes pendant une horrible tempête…

Quelques noirs mélèzes centenaires, pointant naguère çà et là dans ces déserts, comme des croix sur un champ de repos, ont été arrachés, brisés, emportés au loin par la tourmente.