— Ma mère… je suis confuse… de tant de bonté.
— Non, car vos paroles sont remplies de droiture… Seulement, persuadez-vous bien que je ne vous ai pas fait subir d'épreuve… parce qu'il n'y a rien qui ressemble moins à une délation que les marques de confiance filiale que nous demandons à nos protégées dans l'intérêt même de la moralité de leur condition; mais certaines personnes — et, je le vois, vous êtes du nombre, ma chère fille — ont des principes assez arrêtés, une intelligence assez avancée, pour pouvoir se passer de nos conseils et apprécier par elles-mêmes ce qui peut nuire à leur salut. C'est donc une responsabilité que je vous laisserai tout entière, ne vous demandant d'autres confidences que celles que vous croirez devoir me faire volontairement.
— Ah! madame… que de bonté! dit la pauvre Mayeux, ignorant les mille détours de l'esprit monacal, et se croyant déjà certaine de gagner honorablement un salaire équitable.
— Ce n'est pas de la bonté… c'est de la justice, reprit la mère Sainte-Perpétue, dont l'accent devenait de plus en plus affectueux; on ne saurait trop avoir de confiance et de tendresse envers de saintes filles comme vous, que la pauvreté a encore épurées, si cela peut se dire, parce qu'elles ont toujours fidèlement observé la loi du Seigneur.
— Ma mère…
— Une dernière question, ma chère fille: combien de fois par mois approchez-vous la sainte table?
— Madame, reprit la Mayeux, je ne m'en suis pas approchée depuis ma première communion, que j'ai faite il y a huit ans. C'est à peine si en travaillant chaque jour, et tout le jour, je puis suffire à gagner ma vie; il ne me reste donc pas de loisir pour…
— Grand Dieu! s'écria la supérieure en interrompant la Mayeux et joignant les mains avec tous les signes d'un douloureux étonnement, il serait vrai?… vous ne pratiquez pas?…
— Hélas, madame, je vous l'ai dit, le temps me manque, reprit la
Mayeux en regardant la mère Sainte-Perpétue d'un air interdit.
Après un moment de silence, celle-ci lui dit tristement: