— Vous me voyez désolée, ma chère fille… Je vous l'ai dit: de même que nous ne plaçons nos protégées que dans des maisons pieuses, de même on nous demande des personnes pieuses et qui pratiquent; c'est une des conditions indispensables de l'oeuvre… Ainsi, à mon grand regret, il m'est impossible de vous employer comme je l'espérais… Cependant, si par la suite vous renonciez à une si grande indifférence à propos de vos devoirs religieux… alors nous verrions…
— Madame, dit la Mayeux, le coeur gonflé de larmes, car elle était obligée de renoncer à une heureuse espérance, je vous demande pardon de vous avoir retenue si longtemps… pour rien.
— C'est moi, ma chère fille, qui regrette vivement de ne pouvoir vous attacher à l'oeuvre… mais je ne perds pas tout espoir… surtout parce que je désire voir une personne déjà digne d'intérêt mériter un jour par sa piété l'appui durable des personnes religieuses… Adieu… ma chère fille… Allez en paix, et que Dieu soit miséricordieux en attendant que vous soyez tout à fait revenue à lui…
Ce disant, la supérieure se leva et conduisit la Mayeux jusqu'à la porte, toujours avec les formes les plus douces et les plus maternelles; puis, au moment où la Mayeux dépassait le seuil, elle lui dit:
— Suivez le corridor, descendez quelques marches, frappez à la seconde porte à droite; c'est la lingerie: vous y trouverez Florine… elle vous reconduira… Adieu, ma chère fille…
Dès que la Mayeux fut sortie de chez la supérieure, ses larmes, jusqu'alors contenues, coulèrent abondamment; n'osant pas paraître ainsi éplorée devant Florine et quelques religieuses sans doute rassemblées dans la lingerie, elle s'arrêta un moment auprès d'une des fenêtres du corridor pour essuyer ses yeux noyés de pleurs.
Elle regardait machinalement la croisée de la maison voisine du couvent, où elle avait cru reconnaître Adrienne de Cardoville, lorsqu'elle vit celle-ci sortir d'une porte et s'avancer rapidement vers la clôture à claire-voie qui séparait les deux jardins…
Au même instant, à sa profonde stupeur, la Mayeux vit une des deux soeurs dont la disparition désespérait Dagobert, Rose Simon, pâle, chancelante, abattue, s'approcher avec crainte et inquiétude de la claire-voie qui la séparait de Mlle de Cardoville, comme si l'orpheline eût redouté d'être aperçue…
IV. La Mayeux et mademoiselle de Cardoville.
La Mayeux, émue, attentive, inquiète, penchée à l'une des fenêtres du couvent, suivait des yeux les mouvements de Mlle de Cardoville et de Rose Simon, qu'elle s'attendait si peu à trouver réunies dans cet endroit.