Involontairement inquiète de ces paroles, qu'elle n'avait pas cherché à entendre, la Mayeux s'approcha de la loge du concierge et demanda le cordon.
— D'où venez-vous comme ça? dit le portier en sortant à demi de sa loge, tenant à la main un fusil à deux coups qu'il s'occupait de charger, et en examinant l'ouvrière d'un regard soupçonneux.
— Je viens de parler à Mme la supérieure, répondit timidement la
Mayeux.
— Bien vrai?… dit brutalement Nicolas; c'est que vous m'avez l'air d'une mauvaise pratique; enfin, c'est égal… filez, et plus vite que ça!!
La porte cochère s'ouvrit, la Mayeux sortit. À peine avait-elle fait quelques pas dans la rue qu'à sa grande surprise elle vit Rabat-Joie accourir à elle… et plus loin, derrière lui, Dagobert arrivait aussi précipitamment. La Mayeux allait au-devant du soldat, lorsqu'une voix pleine et sonore, criant de loin: «Hé! ma bonne Mayeux!» fit retourner la jeune fille…
Du côté opposé d'où venait Dagobert, elle vit accourir Agricol.
V. Les rencontres.
À la vue de Dagobert et d'Agricol, la Mayeux était restée stupéfaite à quelques pas de la porte du couvent.
Le soldat n'apercevait pas encore l'ouvrière; il s'avançait rapidement, suivant Rabat-Joie, qui, bien que maigre, efflanqué, hérissé, crotté, semblait frétiller de plaisir, et tournait de temps à autre sa tête intelligente vers son maître, auprès duquel il était retourné après avoir caressé la Mayeux.
— Oui, oui, je t'entends, mon pauvre vieux, disait le soldat avec émotion; tu es plus fidèle que moi… toi, tu ne les as pas abandonnées une minute, mes chères enfants; tu les as suivies; tu auras attendu jour et nuit, sans manger… à la porte de la maison où on les a conduites, et, à la fin, lassé de ne pas les voir sortir… tu es accouru au logis me chercher… Oui, pendant que je me désespérais comme un fou furieux… tu faisais ce que j'aurais dû faire… tu découvrais leur retraite… Qu'est-ce que cela prouve? que les bêtes valent mieux que les hommes! C'est connu… Enfin… je vais les revoir… Quand je pense que c'est demain le 13, et que sans toi, mon vieux Rabat-Joie… tout était perdu… j'en ai le frisson… Ah ça, arriverons-nous bientôt?… Quel quartier désert!… et la nuit approche.