— Non.
Agricol, entendant cette révélation de sa mère, la regardait avec surprise, et s'écria:
— Mais alors Gabriel a donc le même intérêt que les filles du général Simon et Mlle de Cardoville… à se trouver demain rue Saint-François?
— Certainement, dit Dagobert, et maintenant te souvient-il qu'il nous a dit, lors de mon arrivée, que dans quelques jours il aurait besoin de nous, de notre appui, pour une circonstance grave?
— Oui, mon père.
— Et on le retient prisonnier à son séminaire! Et il a dit à ta mère qu'il avait à se plaindre de ses supérieurs! Et il nous a demandé notre appui, t'en souviens-tu? d'un air si triste et si grave, que je lui ai dit:
— Qu'il s'agirait d'un duel à mort qu'il ne nous parlerait pas autrement!… reprit Agricol en interrompant Dagobert. C'est vrai, mon père… et pourtant, toi qui te connais en courage, tu as reconnu la bravoure de Gabriel égale à la tienne… Pour qu'il craigne tant ses supérieurs, il faut que le danger soit grand.
— Maintenant que j'ai entendu ta mère… je comprends tout… dit Dagobert. Gabriel est comme Rose et Blanche, comme Mlle de Cardoville… comme ta mère, comme nous le sommes peut-être, nous- mêmes, victimes d'une sourde machination de mauvais prêtres… Tiens, à cette heure que je connais leurs moyens ténébreux, leur persévérance infernale… je le vois, ajouta le soldat en parlant plus bas, il faut être bien fort pour lutter contre eux… Non, je n'avais pas l'idée de leur puissance…
— Tu as raison, mon père… car ceux qui sont hypocrites et méchants peuvent faire autant de mal que ceux qui sont bons et charitables comme Gabriel… font de bien. Il n'y a pas d'ennemi plus implacable qu'un mauvais prêtre.
— Je te crois… et cela m'épouvante, car enfin mes pauvres enfants sont entre leurs mains. Faudrait-il les leur abandonner sans lutte?… Tout est-il donc désespéré?… Oh! non… non… pas de faiblesses!… Et pourtant… depuis que ta mère nous a dévoilé ces trames diaboliques, je ne sais… mais je me sens moins fort… moins résolu… Tout ce qui se passe autour de nous me semble effrayant. L'enlèvement de ces enfants n'est plus une chose isolée, mais une ramification d'un vaste complot qui nous entoure et nous menace… Il me semble que, moi et ceux que j'aime, nous marchons la nuit… au milieu des serpents… au milieu d'ennemis et de pièges qu'on ne peut ni voir ni combattre… Enfin, que veux-tu que je te dise!… moi, je n'ai jamais craint la mort… je ne suis pas lâche… eh bien! maintenant, je l'avoue… oui, je l'avoue… ces robes noires me font peur… oui… j'en ai peur…