Dagobert prononça ces mots avec un accent si sincère, que son fils tressaillit, car il partageait la même impression.
Et cela devait être; les caractères francs, énergiques, résolus, habitués à agir et à combattre au grand jour, ne peuvent ressentir qu'une crainte, celle d'être enlacés et frappés dans les ténèbres par des ennemis insaisissables: ainsi Dagobert avait vingt fois affronté la mort, et pourtant, en entendant sa femme exposer naïvement ce sombre tissu de trahisons, de fourberies, de mensonges, de noirceurs, le soldat éprouvait un vague effroi; et quoique rien ne fût changé dans les conditions de son entreprise nocturne contre le couvent, elle lui apparaissait sous un jour plus sinistre et plus dangereux.
Le silence qui régnait depuis quelques moments fut interrompu par le retour de la Mayeux. Celle-ci, sachant que l'entretien de Dagobert, de sa femme et d'Agricol ne devait pas avoir d'importun auditeur, frappa légèrement à la porte, restant en dehors avec le père Loriot.
— Peut-on entrer, madame Françoise? dit l'ouvrière, voici le père
Loriot qui apporte du bois.
— Oui, oui, entre ma bonne Mayeux… dit Agricol pendant que son père essuyait la sueur froide qui coulait de son front.
La porte s'ouvrit, et l'on vit le digne teinturier, dont les mains et les bras étaient couleur amarante; il portait d'un côté un panier de bois; de l'autre, de la braise allumée sur une pelle à feu.
— Bonsoir la compagnie, dit le père Loriot, merci d'avoir pensé à moi, madame Françoise! vous savez que ma boutique et ce qu'il y a dedans sont à votre service… Entre voisins on s'aide, comme de juste. Vous avez, je l'espère, été dans le temps assez bonne pour feu ma femme!
Puis, déposant le bois dans un coin et donnant la pelle à braise à Agricol, le digne teinturier, devinant à l'air triste et préoccupé des différents acteurs de cette scène qu'il serait discret à lui de ne pas prolonger sa visite, ajouta:
— Vous n'avez pas besoin d'autre chose, madame Françoise?
— Merci, père Loriot, merci!